Entrepot

Florent Jaga

Mon existence est tellement inintéressante qu'on pourrait l'inclure dans la composition d'un somnifère . Même ma bio est transgénique. si vous avez une grosse heure à tuer, je vous propose de la vivre avec mon recueil sorti depuis peu chez Quadrature "Oublie les femmes, Maurice". à l'intérieur, figurent notamment deux nouvelles conçues en moins de 7H lors des matinales de Short ;)
Dans l'entrepôt, où entre potes,
On empilait les caisses (on en lâchait aussi)
On tapait le carton sur des cartons
Le salaire mince, on riait gras.

Magasiniers du quotidien,
A la hune, pas d'horizon :
Des colonnes de cartons
Et la grisaille désarmante
Du béton.

Des hommes sous presse,
Elevés à la trique
Des pépins dans l'citron
Des remontées gastriques
Mise au parfum cynique
Restructuration citrique
Les collègues ont giclé

J'suis tout seul dans l'entrepôt
L'entreprise en dépôt de bilan
Le bilan d'une vie à entasser sans amasser
Trop à ma place, j'suis dérangé.

Alors j'écris sur du carton,
Assis sur un carton
J'me la joue artiste sans grade
En dégradés de gris, je me Soulages.
J'en fous pas une rame,
J'me couche sur le papier
J'crée des décors de carton pâte
Ca prend le temps qu'on m'a volé
Les horizons qu'on m'a broyés
J'suis pas graphiste, j'suis graphite
Et les palettes s'empilent sans couleur
S'animent, se mélangent à ma noirceur
Seul au charbon, j'ai une sale mine
J'exploite seul, mon gisement
Mon manque de veine,
A la lueur de mon casque
J'ai emmagasiné de quoi éclairer ma caverne
Et la rage suffisante pour piocher dans la roche
Pour réduire la pierre en macadam
Pour y tracer ma route dans la nuit...

La Poésie à Cuincy
Lectures de Poésies à Cuincy Dans le cadre du Printemps des Poètes
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